OUVRE BOITE Analyse institutionnelle


L'analyse institutionnelle est un courant de pratique et de recherche qui s'est construit dans les années soixante en France pour penser et conduire la vie quotidienne d’un groupe.
Au sortir de la crise des années 30 aux États-Unis, le concept de dynamique de groupe voit le jour. Dans les années 40 et 50 des expériences en France, Espagne, Portugal, Italie et Grande Bretagne au sein d’établissements psychiatriques et pédagogiques mettent sur un même plan de transversalité les professionnels et les publics. Toutes ces personnes ont un savoir et un pouvoir d’agir sur le projet de l’établissement, et forment un groupe-lieu. L'idée d'un inconscient collectif se forge.
Il s'agit d'une approche analytique qui considère les institutions sociales plus seulement comme préétablies, inamovibles ou strictement juridiques, mais comme des formes sociales en mouvement. Ces formes, sociétés ou associations se composent généralement de différents espaces dynamique en interaction : individu – groupe – organisation – institution – société. L’analyse d’une situation concrète nomme les rapports de pouvoirs, accepte la négativité et reconnaît les implications, y compris ceux des intervenants. L'institution met donc en jeu les énergies instituées et instituantes.


Dialogue entre institué et instituant


René Lourau, qui contribua à l'élaboration de ces notions, les définit ainsi: l'instituant comprend « la contestation, la capacité d'innovation et en général la pratique politique comme signifiant de la pratique sociale ». L'institué englobe « l'ordre établi, les valeurs, les modes de représentations et d'organisations considérés comme normaux, mais aussi les procédures habituelles de prévision (économique, sociale, politique) ».
Sa vision établit que l'opposition entre instituant et institué masque leur articulation. L'analyse institutionnelle propose de considérer la situation en tenant compte de ces deux positions et des mouvements qui les met en relation.
Ainsi l’institution prend ce nouveau sens dans la friction désormais dialectique entre l’institué et l’instituant, et vient déborder le rapport fixe et stable à l’établissement et au juridique comme normes établies. De cette relation émerge un troisième moment, l'institutionnalisation.


L’institutionnalisation


C’est le phénomène d’intégration et de normalisation de l'instituant. La contestation devient la nouvelle norme. Les principes et les pratiques de l'opposition sont érigés en règle. C’est la normalisation dans les deux sens du mot: ou bien les revendications sont reconnues, négociées et intégrées dans l’institué, ou bien les revendications sont récupérées et normalisées par l’institué pour éteindre le conflit. Pour que l'institution continue à exister il faut reconstituer un nouvel ordre, qui sera de nouveau un ordre institué. Ce processus permanent agit de manière synchronique et diachronique pour permettre des phases d'institutionnalisation.


Recherche et intervention


Les théories de l’analyse institutionnelle s’articulent en permanence avec la pratique. Elles mènent à des modes d’interventions internes, l’analyse interne qui change l’entité de l’intérieur, et des modes d’interventions extérieures à l’entité en situation de blocage.
La socianalyse représente une méthode d'intervention et d'analyse à la disposition de l'entité cliente commanditaire. Elle requiert un travail collectif associant les socianalystes et les personnes impliquées dans la situation qui appelle à une intervention.
Elle a pour instrument et comme objet l’assemblée des personnes concernées par la commande, qui déclenche l’enquête de compréhension collective. Le but est d’élucider la raison de cette commande en permettant aux acteurs de réaliser l'analyse possiblement dans un délai rapide, avec le soutien d'une équipe.